Un aide-mémoire pour s'en servir lucidement et responsablement.
« IA » est partout : un mot valise qui désigne presque n'importe quel logiciel qui semble « intelligent ». Ici, on parle d'un type précis : les IA conversationnelles (ChatGPT, Claude…), celles avec qui on écrit comme avec une personne.
Ce sont des LLM — des programmes entraînés sur d'énormes quantités de textes, qui en apprennent non pas le sens, mais les régularités statistiques : quels mots suivent quels mots. Quand on leur écrit, ils génèrent la suite la plus probable, mot après mot.
D'où leurs forces — des lectures qu'aucun humain n'égale — et leurs faiblesses : elles ne comprennent pas ce qu'elles disent, n'ont pas d'intention et peuvent affirmer du faux avec la même fluidité que du vrai. Des machines à prédire — pas des esprits qui se trompent.
Lis cette phrase inachevée : « Ce matin, j'ai mangé une ___ . » Ton cerveau propose déjà des suites : tartine, banane, soupe. Une IA fait exactement la même chose, sauf qu'elle calcule les probabilités sur des millions de textes.
Elle choisit une suite probable, puis elle recommence pour le mot suivant. Elle ne sait pas si tu as mangé une banane. Elle ne comprend pas la phrase : elle parie sur la suite. Même « nuage » obtient un petit pourcentage — toutes les suites ont une probabilité, certaines sont juste très faibles.
C'est ce qui explique ses deux visages : des réponses fluides et utiles, et parfois des erreurs dites avec la même assurance. La fluidité ne dit rien de la vérité. La vérification reste ton travail.
Elle fabrique ses phrases en prédisant les mots les plus probables. Elle n'a pas de corps, pas d'histoire et pas de sentiments. Quand elle écrit « je sens que… », c'est du texte généré — pas une émotion vécue.
On ne lui doit rien. La politesse est une habitude sociale d'humains : entre humains, c'est une obligation qui tisse le lien. Avec une IA, elle est inadaptée — une information de trop, qui se mêle au contexte au lieu d'aider. Pas besoin de « s'il te plaît » ni de « merci ». Aucun ménagement non plus : on peut la couper, la contredire, l'éteindre. Le seul critère : est-ce que ça sert ?
Elle propose des idées, des reformulations et des angles. Les décisions, les choix et les risques restent humains. Si tu te surprends à lui demander de décider à ta place ou de te rassurer, arrête : c'est là qu'elle devient inutile.
Si tu ne lui donnes que du ressenti, elle te répond avec du ressenti — flatteur et inutile. Donne-lui du concret : documents, courriels, chiffres, situations précises. C'est ce qui lui permet de te contredire. Un modèle qui ne te contredit jamais est un flatteur.
Elle se trompe, souvent avec assurance. Quand l'erreur est démontrée, elle se corrige sans se défendre — fais pareil quand c'est toi qui as tort. Règle de base : on change d'avis quand la preuve change, pas quand quelqu'un insiste.
Avant d'écrire quelque chose de sensible, pose-toi la question : est-ce que ça reste chez toi (local), ou est-ce que ça part sur des serveurs (cloud) ? Les conversations en ligne traversent des serveurs, parfois des pays. Le « mode privé » d'un fournisseur est une promesse commerciale. Le local est le seul cas où rien ne sort.
Mémoire externe, premier regard, partenaire de réflexion : d'accord. Mais elle ne remplace ni tes proches, ni un·e thérapeute, ni ton jugement. Une réponse trop belle, trop lisse, trop exactement ce que tu voulais entendre ? Méfie-toi : c'est peut-être juste un écho.
Avant d'ouvrir une conversation, une question simple : ce que tu cherches, c'est de la matière à penser, ou la réponse finale ?
Utile pour :
Pas sa place pour :
Règle simple : si la réponse doit être la dernière étape (décision, réconfort, verdict) — non. Si c'est une étape intermédiaire (matière à penser, brouillon à corriger, angle à explorer) — elle a sa place.
Un modèle fait ce qu'on lui demande : il prend le ton et les règles qu'on lui donne. Et ces règles changent selon l'usage. En réflexion, on veut un contradicteur qui bouscule. En rédaction, un exécutant qui suit les consignes. Le cadre posé au départ évite la confusion.
À copier-coller au début d'une conversation, puis à adapter à tes mots. C'est le cadre de départ qui décide de ce que l'outil sera.
Où ça tourne. Une IA « cloud » (la plupart des chatbots) fonctionne dans des centres de données : chaque message voyage jusqu'à ces serveurs avec tout le fil de la conversation. Une IA « locale » fonctionne sur une machine à soi — rien ne sort de la maison.
Le local, comment c'est possible. Il faut une carte graphique puissante (souvent 24 à 64 Go de mémoire) — un ordinateur spécialisé de plusieurs milliers de dollars — et un minimum d'aisance technique. Des communautés entières le font avec du matériel d'occasion : accessible, mais c'est un vrai investissement, pas une option par défaut.
Ce que ça consomme. Les deux consomment de l'électricité. Un centre de données doit aussi refroidir ses machines (30 à 40 % de la facture) ; un grand centre consomme autant qu'une petite ville. Mais tout dépend de la source : au Québec, l'électricité est propre — le local y est presque sans carbone.
La question d'accès. Choisir le local est un luxe : argent, espace, compétences. Le cloud est accessible à presque tout le monde. Ne pas mépriser celles et ceux qui l'utilisent — c'est souvent leur seule option. La démarche responsable consiste alors à limiter les dégâts : rien de très sensible, les modes privés quand ils existent et rester conscient·e que les données passent par des serveurs.
Utiliser une IA, c'est aussi s'observer en train de s'en servir. Avant d'écrire : qu'est-ce que j'attends vraiment — une information, une validation, une contradiction, une compagnie ? Pourquoi un outil plutôt qu'une personne — ou l'inverse ?
Après la réponse : qu'est-ce que ça provoque en moi ? Du confort parce qu'elle me donne raison, ou de l'inconfort parce qu'elle me bouscule ? Est-ce que je vérifie, ou est-ce que j'accepte parce que c'est bien écrit ?
Pas un oracle : un miroir de nos propres mécanismes. Ce n'est pas toujours confortable — mais c'est ce qui sépare un usage passif d'un usage éclairé : consommer des réponses, ou apprendre de ses questions.
Un aide-mémoire d'Authentique sexologie. Garde ce qui sert, adapte le reste, partage-le. authentiquesexo.ca
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Authentique sexologie, c'est la pratique de Léa Bisson, sexologue à Saint-Hyacinthe. Cet aide-mémoire est conçu pour s'outiller simplement, sans jargon, à votre rythme.
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